André Joffre, PDG de Tecsol : « Le digital permet de bâtir des ponts entre la production de l’énergie solaire et ses usages »

Fervent militant du développement de l'énergie solaire depuis plus de 40 ans, André Joffre préside le bureau d'études techniques en énergie solaire Tecsol, dont il est le fondateur. Innovation, recherche, exploitation... Il accompagne les maîtres d'ouvrage dans leurs projets tout en étant un observateur privilégié de l'évolution des besoins en systèmes intelligents, où énergie et digital ne font plus qu'un. Témoignage.

 

Présentez-nous Tecsol...

André Joffre : Tecsol est une entreprise spécialisée dans l'énergie solaire. Nous sommes basés à Perpignan depuis bientôt 40 ans et employons une quarantaine de collaborateurs en métropole et en outre-mer. Notre rôle, c'est de développer des projets pour le compte de maîtres d'ouvrage divers et variés. Bien sûr, tout cela dans le secteur de l'énergie solaire, qu'elle soit thermique pour la production d'eau chaude ou photovoltaïque pour la production d'électricité.

 

Comment évoluent les besoins aujourd'hui ?

André Joffre : Il faut bien l'avouer, ils évoluent de façon assez spectaculaire ! Pour le photovoltaïque, le tournant date d'il y a plus d'une dizaine d'années. Le prix d'un panneau solaire a été divisé par 10 depuis, idem pour celui des batteries. Le prix n'est donc plus le sujet, cela devient une commodité. Alors que notre regard était porté surtout sur le prix de production de l'énergie, il va donc falloir le changer pour tendre vers les usages. C'est par exemple le remplacement de la voiture thermique par la voiture électrique voire la voiture alimentée par de l'énergie électrique solaire. Cette approche-là est très importante. L'appétence du public est forte. Finalement, c'est la convergence de la maison, de la voiture et de la production solaire.

 

"L'augmentation du prix de l'énergie rebat les cartes et permet des innovations majeures"

 

Quelle place occupe le digital dans ces changements d'usage ?

André Joffre : Elle est centrale. Désormais, la production d'électricité solaire est maîtrisée, les entreprises qualifiées savent la mettre en oeuvre. Reste à faire rencontrer usage et production. Et là, c'est une autre histoire ! Le digital va permettre de bâtir ces ponts pour inventer des nouveaux modèles. Par exemple, nous pourrions ainsi faire circuler sur le réseau de distribution d'Enedis des flux d'électricité d'origine solaire qui seront parallèles aux réseaux des grands opérateurs. D'ailleurs, nous expérimentons déjà le fait de pouvoir recharger son véhicule électrique avec sa propre énergie solaire en étant à plusieurs kilomètres de sa maison. Les usages deviennent ainsi plus intelligents. D'un côté, l'énergie est plus abondante et moins couteuse, et de l'autre côté, si on sait allier la batterie d'une voiture électrique à la production variable d'une installation solaire, on est capable de faire des miracles ! Car 80% du temps, un véhicule est au garage, donc dès l'instant où il est raccordé au réseau, il constitue un réservoir potentiel d'accumulation d'énergie considérable? Et ça, cela change tout.

 

Quels projets mêlant énergie et digital sont en cours ? 

André Joffre : Nous en avons plusieurs dans le cadre du pôle de compétitivité DERBI. Je pense au projet Flexitanie, qui vise des petites flottes de véhicules qui vont jouer ce rôle d'échange avec l'écosystème du bâtiment. Et chez TESCOL, nous développons le projet MOBELSOL, avec Enedis, la start-up Sunchain et un syndicat départemental d'énergie. L'idée est de pouvoir brancher son véhicule sur une borne électrique y compris loin de chez soi et de recevoir sa propre énergie solaire produite à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Techniquement c'es faisable, mais administrativement ce n'est pas encore possible. Notre rôle est donc d'anticiper ce qui se passera dans les années à venir.

 

"Faire voler en éclat les barrières du monde de l'énergie"

 

Avez-vous identifié des freins au développement de la digitalisation de l'énergie ? 

André Joffre : Le solaire a gagné la partie. Mais ce qu'il manque, c'est de la liberté. Il faut libérer l'énergie solaire ! Il faut lui permettre de bousculer un peu les choses parce qu'on peut imaginer des schémas complètement nouveaux. On est certain qu'il y aura des innovations à partir du moment où les conditions seront réunies pour imaginer des schémas différents. Le gros avantage du digital, c'est que ça ne demande pas des investissements colossaux. Il faut simplement beaucoup d'imagination. C'est de la liberté dont nous avons besoins, pas de plus d'argents. Le monde de l'énergie est extrêmement cadré, calibré, cadenassé. Il faut absolument faire voler en éclat ces barrières !

 

Qu'attendez-vous d'Open Energies ? 

André Joffre : Ce sont dans les salons que naissent les rencontres, les mises en relation, les perspectives. Sur les sujets d'énergie et de digital, les idées ne viennent pas toutes seules devant une feuille de papier ! Il faut de l'humain pour imaginer, partager. Un monde nouveau est en train d'éclore sous nos yeux. Il ne faut pas se le cacher, le phénomène d'augmentation du prix de l'énergie a l'effet d'un choc pétrolier comme ceux qu'on a connus à la fin des années 70. C'est de nature à rebattre les cartes et permettre des innovations majeures, c'est formidable ! Il y avait donc un vrai besoin d'avoir un salon professionnel dédié à la digitalisation de l'énergie !