Naomi Chevillard, SolarPower Europe : « Harmoniser le cadre réglementaire pour accélérer la digitalisation de l’énergie »

En coulisses, c’est un travail de fond que SolarPower Europe mène. Au service des intérêts de l’ensemble d’un secteur en pleine croissance, l’association fait le lien entre les politiques et la chaîne de valeur des panneaux photovoltaïques. Pour permettre au solaire de franchir une nouvelle étape, où la digitalisation est partout. Naomi Chevillard, responsable des Affaires réglementaires de SolarPower Europe, décrypte ces enjeux passionnants. Témoignage.

 

Quel est le rôle de Solar Power Europe ?

Naomi Chevillard : Basée à Bruxelles, notre association européenne représente plus de 250 organisations du secteur du solaire. Notre travail est de fédérer l’industrie au niveau européen et de faire en sorte que les cadres réglementaires européens et nationaux soient favorables à notre industrie. Nous sommes présents sur toute la chaîne de valeur du solaire, des producteurs aux installateurs de panneaux photovoltaïques en passant par les batteries.

 

Pour vous, à quoi est dû le dynamisme du secteur solaire ?

Naomi Chevillard : Nous arrivons à une maturation du secteur, c’est certain. Le contexte est bien plus positif aujourd’hui, grâce à l’évolution des coûts à la baisse de nos technologies. Nous sommes désormais largement plus compétitifs que les alternatives fossiles ou nucléaires. Mais maintenant, il faut transformer l’essai dans le long terme. Il faut s’assurer que l’ambition perdure dans le futur. Il est nécessaire de développer un système énergétique où le solaire, et notamment le solaire décentralisé et du consommateur, a toute sa place. Cela demandera de développer des modèles économiques, avec par exemple les systèmes solaires sur toitures pour le consommateur, avec une large réflexion sur leur digitalisation. Nous avons comme atout d’avoir une énergie qui est très peu chère, ce qui sera sans aucun doute valorisé à l’avenir.

 

« Plus le réseau est intelligent, plus il intègre le solaire »

 

Quels sont les enjeux de la digitalisation de l’énergie ?

Naomi Chevillard : Ils sont plusieurs. Il y a d’abord un vrai enjeu de régulation de l’économie de la donnée de l’énergie. Beaucoup de questions se posent, comme par exemple sur la production de ces données. Quel système est utilisé ? Qui possède la donnée et quels sont les droits du consommateur dessus ? Ensuite, la question de leur valorisation est également un enjeu important. Comment doivent-elles être traitées de manière sécurisée dans un système où les questions de cybersécurité augmentent. Ce sont des sujets qui méritent d’être posés pour accélérer cette digitalisation nécessaire.

 

Comment démocratiser ces usages ?

Naomi Chevillard : Aujourd’hui, on a besoin d’une harmonisation des obligations en termes d’équipements, d’une harmonisation des processus d’accès aux données, de leur portabilité, d’une réflexion sur les protocoles de communication utilisés, pour que lorsque l’on veut travailler avec le numérique, on ait juste à accéder aux équipements et construire de belles choses pour le futur du solaire ! La digitalisation sera partout pour que les solutions photovoltaïques fonctionnent à plein régime. Cela permettra par exemple d’avoir des opérations de maintenance prédictives ou encore de faire de l’effacement de consommation. Un réseau plus intelligent, c’est aussi un réseau qui intègre plus le solaire.

 

« A la clé de la digitalisation du réseau, des bénéfices économiques ! »

 

Le bâtiment intelligent est-il pour vous un exemple de digitalisation efficace ?

Naomi Chevillard : Absolument. On a une contrôlabilité du système photovoltaïque, du système de recharge de véhicule électrique, éventuellement aussi de la batterie installée dans la maison. Et tous ces éléments-là sont capables de réagir aux besoins de consommations énergétiques du consommateur à l’intérieur de la maison. Mais ils sont aussi capables d’analyser les données du réseau et les signaux qui arrivent de l’extérieur pour que le bâtiment réagisse lui aussi aux besoins du réseau. Cela se traduit ensuite par des bénéfices économiques, car tout cela a une valeur importante pour le réseau.

 

Participer à Open Energies est important pour vous ?

Naomi Chevillard : Je pense que c’est très important ! On est tous impatients de pouvoir revenir à ces rencontres physiques et d’échanger avec les autres acteurs de l’industrie. Et surtout dans le secteur du numérique ! Parce que c’est un secteur qui va probablement exploser dans les années à venir et il y a encore tout à faire : que ce soit au niveau industriel, des projets à monter, des modèles à monter, et que ce soit aussi au niveau réglementaire. C’est fondamental d’échanger entre acteurs sur les attentes et les besoins de l’industrie pour qu’ensuite, le cadre se développe de la bonne manière !