Patrice Lallemand, directeur d’Elithis Immobilier : « Pour réussir, la digitalisation doit avoir des applications concrètes »

La sobriété énergétique en action ! A la tête d’Elithis Immobilier, Patrice Lallemand pilote les projets de bâtiments à énergie positive. A la pointe de l’innovation, l’entreprise s’appuie au quotidien sur des solutions digitales pour accompagner les résidents dans leurs consommations. Avec un objectif : atteindre la facture zéro, voire mieux, que ces habitants soient rémunérés. Une démarche engagée et inspirante qu’il nous livre sans filtre. Témoignage.

 

Présentez-nous Elithis Immobilier…

Patrice Lallemand : Elithis Immobilier est l’une des deux grandes filiales d’Elithis Groupe, qui est une entreprise de conseil et d’ingénierie sur l’énergétique et la conception des bâtiments. Et quant à Elithis Immobilier, nous concevons et réalisons des bâtiments à énergie positive. Notre objectif est de conjuguer la transition écologique et le pouvoir d'achat des ménages. Car nous sommes persuadés qu’on ne peut pas mettre en opposition l'économique et l'écologique. Concrètement, quand on dit bâtiment à énergie positive, cela veut dire qu'on met beaucoup d'énergie à les concevoir du point de vue bioclimatique, de manière à ce qu'au final, ces bâtiments produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment. Autrement dit, l'objectif final pour l’occupant est d'avoir une facture zéro, c'est-à-dire zéro dépense d'énergie sur sa facture !

 

Quel regard portez-vous sur les systèmes intelligents ?

Patrice Lallemand : La place qu’occupe l’énergie aujourd’hui est exponentielle. Notre vision, c’est de rendre l'énergie positive accessible à tous. Pour ce faire, il est indispensable de passer par les systèmes intelligents. La digitalisation fait partie intégrante de notre conception du bâtiment. On a parlé de la conception bioclimatique, celle des systèmes énergétiques, celle du photovoltaïque qui vient compenser les consommations. Mais il y a aussi le digital. Ce qui est dur à contrôler dans le logement avec une multitude de particuliers, c’est bien leurs usages et leurs consommations domestiques. Et nous, nous intégrons dans notre bilan ces consommations. On permet ainsi à ces habitants de les contrôler et d’avoir une meilleure visibilité. Les gens jouent vraiment le jeu ! Cela devient un défi pour chaque foyer d’arriver à la facture zéro. Donc il y a un système incitatif grâce au digital qui est très important.

 

« Dans nos bâtiments, 9 habitants sur 10 ont une facture égale à 0 grâce à la digitalisation ! »

 

Comment se matérialise la digitalisation de l’énergie à votre échelle ?

Patrice Lallemand : Elle est extrêmement concrète ! Le meilleur exemple de lien entre l’énergie et la digitalisation, c’est l’application Aladhun que nous avons développée et qui est en service depuis 3 ans sur la tour Elithis Danube de Strasbourg. Son concept ? Être un coach pour les habitants de l'immeuble en suivant précisément leurs consommations tout en les traduisant surtout en monétaire, ce qui fait que l'occupant est devenu acteur de ses consommations. Aladhun a complétement démontré son efficacité : 6 familles sur 10 sont désormais en-dessous de la facture zéro, ce qui veut dire qu’elles reçoivent de l’argent ! Et 9 foyers sur 10 ont atteint l’objectif de la facture zéro. Et ce n’est que le début, car il s’agissait d’une version test qui va être améliorée pour nos prochaines réalisations.

 

Est-ce compliqué à mettre en œuvre ?

Patrice Lallemand : Techniquement non. On peut brancher cette solution sur des bâtiments existants, des réhabilitations, etc. En revanche ce qui est plus complexe, c’est l’usage de cette digitalisation, et il faut le prendre dans le bon sens, c’est-à-dire par l’humain. Je m’explique : nous pensions à l’époque qu’il fallait faire des challenges entre voisins au sein de nos immeubles pour qu’ils consomment moins. Mais en réalité, les sociologues nous ont démontré que lorsque l’on agit ainsi, il y a forcément des perdants qui vont ensuite perdre en motivation et arrêter leurs efforts pour réduire leurs consommations. Mettre en place le digital, c’est assez simple, mais il faut que la technologie soit réellement utilisée par les consommateurs. C’est pour cela que nous faisons appel à aux études sociologiques en faisant preuve de beaucoup de pédagogie. Pour que ça marche, il faut des applications simples, sinon on peut vite tomber dans des usines à gaz.

 

« La technologie doit être réellement utilisée par les consommateurs, il faut que ce soit simple ! »

 

Pour vous, quels sont les défis du digital ?

Patrice Lallemand : Il y en a deux. Le premier est la gestion de la data. Les données sont toujours une question sensible, et là-dessus, il faut rassurer les consommateurs, élaborer des chartes et être dans le strict respect du cadre législatif. Le second rejoint ce que je disais précédemment : pour réussir, la digitalisation doit être suivie d’applications concrètes ! On voit beaucoup de start-up qui se développent sur la digitalisation, qui créent une application. Mais derrière, il n'y a pas de valeur, il n'y a pas d'élément technique réel. Il faut que cette digitalisation ait un sens, qu'il y ait un vrai suivi derrière, que les données qui sont collectées servent à quelque chose. Il ne s'agit pas de créer l'application et ensuite la laisser dans les mains de l'utilisateur et qu'elles ne servent à rien. Le défi, c'est de faire que cette digitalisation ait un impact concret, mesurable et sensible. C’est comme cela que la massification pourra fonctionner.

 

Qu’attendez-vous d’Open Energies ?

Patrice Lallemand : On a toujours besoin d’évoluer ensemble ! Il est important pour nous de pouvoir expliquer nos nouveaux bâtiments pionniers, nos tests, et de se nourrir de l’expérience des autres. Ce sont des moments d’échanges précieux. Le digital est au centre, mais pas que. Il y a là des aspects plus techniques dans la mise en œuvre des bâtiments à énergie positive. De plus, le cadre réglementaire évolue. On voit bien que l'énergie pose beaucoup de questions sur l'autoconsommation, sur les horaires d'usage. Avoir une vision plus globale est essentiel grâce à ce salon. Rencontrer tous les acteurs permet donc d’évoquer ces sujets. Et parfois même de trouver la bonne idée !