« Personne ne peut avancer seul sur les smartgrids ! »

La révolution des réseaux électriques est en marche chez Enedis, filiale EDF qui gère le réseau de distribution d'électricité public sur 95% du territoire français. Champion du monde en smartgrids en 2021, Enedis a un train d'avance sur le déploiement des technologies. Nous avons rencontré Yves Barlier, son directeur national en charge des smartgrids.
Pour lui, c'est bien le travail en collectif et l'agilité qui sont les clés de ce succès.

 

Enedis a été classé en 2021 champion du monde par le Singapour Smartgrids index dans la catégorie des distributeurs d'électricité. Comment l'expliquez-vous ?

C'est une réussite collective française ! D'Enedis bien sûr, qui a su transformer les projets d'hier en réalité industrielle aujourd'hui. Mais aussi du monde académique de R&D français, qui a été visionnaire, des entreprises partenaires très impliquées, très majoritairement françaises (matériels, logiciels, data science, acteurs du marché de l'énergie) et des pouvoirs publics qui ont soutenu Enedis : Commission européenne, ministère en charge de l'énergie Commission de Régulation de l'Energie, ADEME, collectivités territoriales. Et en région AURA, l'Institut Smart Grids est un bel exemple de coordination de tous ces acteurs ! Il faut le valoriser !

 

Comment se traduit concrètement chez Enedis la montée en charge des smartgrids ?

C'est une lame de fond qui impacte notre organisation à 3 niveaux. Sur la performance industrielle d'abord, Enedis est en train d'optimiser toute sa chaine production industrielle, de la conception des infrastructures à la maintenance, en passant par les process. Sur la relation clients/fournisseurs, ensuite, avec la satisfaction clients comme enjeu prioritaire. Et enfin sur la transition énergétique des territoires. Demain, il y aura trois fois plus d'énergies renouvelables produites à collecter puis à redistribuer. La variabilité de ces énergies sera de plus en plus complexe à gérer et c'est bien le digital qui le rendra possible.

 

Quels sont selon vous les principaux changements engendrés par ce marché émergent ?

Enedis est au service des territoires, des producteurs d'énergie, des fournisseurs, des agrégateurs, des consommateurs. Nous ne sommes en concurrence avec personne et ça change la donne. Notre vision du marché est donc atypique. Ce qui évolue le plus chez Enedis, ce sont nos modes de travail. Il y a quelques années encore, nous ne demandions pas l'avis des parties prenantes. Quand le besoin d'un projet était exprimé, il était développé et déployé sans avis extérieur. Aujourd'hui, nous avançons sur tous nos projets, en collectif, avec nos fournisseurs et les utilisateurs du réseau, et ce, de façon progressive et concertée. Ce mode de collaboration a été initié il y a une dizaine d'années lors du lancement des démonstrateurs smartgrid... Nous avons adopté rapidement cette méthode de travail basée sur l'agilité. Personne ne peut avancer seul sur les smartgrids. même si les solutions ne sont pas totalement finalisées, elles sont mises en oeuvre progressivement. Le process est en mouvement permanent.

 

Qu'est-ce qui facilitera le déploiement des smartgrids chez Enedis ?

Il faut, sur le marché, des fabricants en capacité à produire des objets connectés performants pour pouvoir développer de nouveaux services. Ils doivent s'allier à des développeurs de logiciel. Ensuite Enedis, en tant que distributeur, a besoin d'être présent partout avec un réseau de télécommunication, fiable, homogène, qualitatif. Pour des usages simples, pas besoin de la 5G, un réseau 3G peut suffire pour mettre en place les smartgrids. Or, il y a encore des zones blanches sur les territoires. Enfin, il faut savoir exploiter les données récoltées. Un nouveau métier a émergé, les data scientistes. Ce sont eux qui ont la capacité de faire parler les données. Ils ont besoin pour cela de travailler en proximité avec les experts métier qui connaissent les besoins. Ils doivent ensemble échanger et construire, pour apporter une réelle valeur économique à ces données.

 

Comment votre structure se positionne-t-elle pour investir ou accompagner ces nouvelles dynamiques ?

Enedis est un service public avec un modèle régulé. Enedis ne va pas chercher ses clients, ils sont déjà là et on leur doit des services performants. Nos recettes dépendent des tarifs définis par la CRE. C'est une force et une chance. Le gouvernement, la CRE et l'ADEME nous ont beaucoup poussés et soutenus dans nos projets et investissements. Le compteur Linky auquel le gouvernement croyait beaucoup a été une des premières briques des smartgrids. Linky n'est pas seulement un compteur, c'est un objet connecté sur le réseau basse tension. Ses coûts sont compensés par les gains obtenus.

 

Justement, quel est le rôle du compteur Linky dans les smartgrids ?

Aujourd'hui, grâce à Linky, plus besoin d'envoyer un opérateur pour relever les compteurs qui se font désormais à distance. Il est possible d'augmenter la puissance électrique d'un foyer en fonction de ses besoins sans intervention sur place. De même, Enedis est capable de localiser voire parfois d'anticiper les pannes, de les réparer avant que le client le sache. Linky intervient aussi sur le champ de la transition écologique. Il va contribuer à gérer la complexité des réseaux liée aux énergies renouvelables, leurs variabilités et mais aussi la flexibilité nécessaire de la consommation. Par exemple, les industriels pourront lancer leur process de fabrication lors des pics de production d'énergie éolienne ou solaire et se déconnecter quand la production sera au plus bas, c'est-à-dire quand il n'y aura plus de vent ou de soleil. Les adaptations des consommations des industriels ou des centres commerciaux vont se monnayer. C'est un véritable marché de la flexibilité qui est en train d'émerger et que nous allons accompagner en jouant également sur le comportement de l'utilisateur. Linky est vraiment un bel exemple de performance industrielle.